Page:Orsier - Henri Cornelius Agrippa.djvu/40

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Dans le plus riche écrin bien que l’on eût choisi
Ta beauté que chacun adore,
Moi je l’aimais voilée et te disais : Ainsi,
À mes regards, oh ! reste encore !

D’ailleurs de ta parole et de ton amitié
Et de ta bonté d’ange,
Trésors que nous a pris la Parque sans pitié,
Unanime était la louange.

Mais enfin si sa bouche a violemment soufflé
Sur ce flambeau cher à ma vue,
C’est que de remonter à son ciel étoilé
L’heure pour elle était venue[1].

À la lettre adressée à Furbity par Agrippa, deux autres[2] succèdent : l’une envoyée à Aurélien, l’autre à Chapelain, toutes deux également pleines d’émotion douloureuse et communicative. Mais cette douleur ne lui fait pas oublier que, comme médecin, il a des devoirs à remplir. La plupart des praticiens d’Anvers s’étaient éloignés précipitamment dès l’apparition du fléau. Agrippa reste à son poste. Mais il a dû changer de maison et demeure à présent chez Augustino Fornari[3]. Nuit et jour il est sur pied, se prodiguant, faisant face au fléau, et lui arrachant ou du moins lui disputant avec une noble opiniâtreté le plus grand nombre de victimes qu’il peut. Quoique n’ayant aucune crainte de l’épidémie, il prend cependant quelques précautions ; d’autre part, il a composé, sur les anciennes recettes de Galien et d’autres archiatres célèbres, un remède souverain[4] qu’il applique partout où il en juge l’occasion propice. Le fléau disparu, les médecins qui s’étaient enfuis devant lui rentrent à Anvers, et, pour couvrir leur honteuse défection, ils s’empressent d’attaquer le professeur Jean Thibault comme ayant exercé illégalement leur art. On s’en rapporte au témoignage d’Agrippa qui prononce devant le Conseil Impérial de Malines un réquisitoire virulent contre ces déserteurs du devoir, et tout en faveur de l’accusé qui, lui, est resté à son poste, au milieu des dangers de cette peste terrible : « Thibaut a combattu à mes côtés », dit l’ancien capitaine des premières guerres de l’Em-

  1. Revue Savoisienne, 1874.
  2. Epist., 72 et 73.
  3. Voir la note XXII de l’ouvrage de M. Aug. Prost, tome II, page 481. Fornari avait à Anvers une maison que gérait et habitait son cousin Nicolas.
  4. On trouve dans ses Opera omnia cet antidote contre la peste ; sa rédaction latine est dédiée à Théodoric, évêque suffragant de Cologne.