Page:Orsier - Henri Cornelius Agrippa.djvu/43

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

qu’il fait éditer successivement l’histoire du couronnement en 1538, l’oraison funèbre de Marguerite d’Autriche en 1531, et la même année les commentaires sur l’Ars brevis de Raimond Lulle. Tout cela apportait une utile diversion à son chagrin de la disparition tragique de Jeanne-Loyse. Mais la publication de l’Incertitude et Vanité des sciences et des arts vint lui susciter d’autres déboires auxquels il était loin de s’attendre. Ses ennemis, qui veillaient toujours, et dont l’envie s’exaltait au fur et à mesure que l’astre d’Agrippa semblait grandir, avaient perfidement détaché de son ouvrage quelques propositions qu’ils avaient soumises au Conseil de Malines, qui les avait acceptées telles quelles, sans ordonner, conformément au droit, que le texte leur fût présenté dans son intégralité.

L’attaque venait encore des moines, ses ennemis irréductibles, auxquels s’étaient joints quelques professeurs Lovanistes que le septicisme d’Henri Cornélis avait froissés dans leur dignité de savants et d’auteurs d’ouvrages scientifiques et littéraires. Selon son habitude, il se défendit avec énergie ; mais le Conseil, tout en appréciant les arguments de l’incriminé, subissait une pression qui venait d’en haut. Agrippa le sentait bien, mais que pouvait-il contre tant d’hostilités déchaînées ? Marguerite d’Autriche circonvenue, il prévoyait une nouvelle série de persécutions. Heureusement pour lui la Régente vint à mourir sur la fin de 1838. Il composa sur elle un pompeux panégyrique avec d’autant plus d’enthousiasme qu’il ignorait alors que, si la mort n’avait surpris à temps cette princesse, il n’était rien moins qu’exposé au dernier supplice. S’il eût un moment l’idée de porter ses plaintes jusqu’au trône, il en fut détourné, informé qu’il fut par des amis que Ferdinand d’Autriche et Charles-Quint partageaient pour son œuvre les préventions de Marguerite[1].

Au lieu de se faire oublier et de courber la tête sous l’orage, il jeta dans le public comme un nouveau défi à ses adversaires sa Philosophie occulte. Toutefois, en homme avisé, en dépit de ses imprudences qu’on serait presque tenté de considérer comme des bravades, il

  1. L’auteur, en publiant l’Incertitude et Vanité des sciences et des arts, s’attendait à une violente tempête. Quand elle éclata, suscitée par les moines, il déclara l’avoir prévue et rappelle alors à un ami qu’il avait osé la prédire dans la préface de son volume (Epist., VI, 15). Malgré ses lettres de privilège, Agrippa se voit vivement attaqué, mais il trouve deux vaillants défenseurs dans le cardinal Campegio et le cardinal de La Marck, évêque de Liège. Ces deux cardinaux purent adoucir les rigueurs de son désastre, mais ils furent impuissants à lui faire rendre les faveurs de la cour. Quant à son emploi d’historiographe impérial, il ne lui fut point retiré, mais on ne lui payait pas sa pension. Aussi Agrippa disait : « je suis créancier de César. »