Page:Ourliac - Nouvelles.djvu/307

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’économe, les reprenant alors, s’écria d’un air de triomphe :

— Vous vous trompez, braves gens.

Et il leur dit tout au long les noms et prénoms de Jacques.

— Parbleu ! ajouta-t-il, je le connais bien !

Jacques fit signe qu’il voulait parler et confirma aux porteurs qu’en effet, cet homme avait raison et que le nom qu’il avait dit était le sien.

M. Lecamus était dans cet état où les plus grands désirs sont dépassés. Il ne lui restait rien à faire. Sa vengeance, si raffinée qu’il la voulût, allait encore au delà de ce qu’il eût rêvé. Il était pour ainsi dire embarrassé de sa victoire, et se contentait de considérer Jacques avec un sourire qui était bien le comble de la haine assouvie et le pire des tourments qu’il pût imaginer. Enfin il voulut bien désigner la salle et le lit où l’on devait porter le malade.

Je ne sais si les médecins déclarèrent aussitôt que la maladie était mortelle et si l’économe se regarda comme pleinement satisfait ; mais il faut lui rendre cette justice, qu’il ne fit pas subir à Jacques les mille cruautés qu’il avait à sa disposition. Mon pauvre élève fut aussi bien traité qu’un mendiant ordinaire. Il eut son lit et sa soupe et ses ordonnances comme tous les malades. Seulement M. Lecamus, sous prétexte de faire sa ronde, passait tous les matins devant son lit avec son impitoyable sourire, et Jacques l’entendait souvent qui disait aux gens qui l’accompagnaient :