Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/279

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LES MÉTAMORPHOSES




LIVRE PREMIER

ARGUMENT. — I. Le chaos changé en quatre éléments distincts. — II. Succession des quatre âges du monde. — III. Crime et punition des géants. — IV. L’univers est submergé par le déluge. — V. Deucalion et Pyrrha repeuplent la terre. — VI. Apollon tue le serpent Python. — VII. Métamorphose de Daphné en laurier. — VIII. Métamorphose d’Io en génisse, et de Syrinx en roseau ; mort d’Argus ; naissance d’Épaphus


J’entreprends de chanter les métamorphoses qui ont revêtu les corps de formes nouvelles. Dieux, qui les avez transformés, favorisez mon dessein et conduisez mes chants d’âge en âge, depuis l’origine du monde jusqu’à nos jours.

Avant la création de la mer, de la terre et du ciel, voûte de l’univers, la nature entière ne présentait qu’un aspect uniforme ; on a donné le nom de chaos à cette masse informe et grossière, bloc inerte et sans vie, assemblage confus d’éléments discordants et mal unis entre eux. Le soleil ne prêtait point encore sa lumière au monde ; la lune renaissante ne faisait pas briller son croissant : la terre, que l’air environne, n’était point suspendue et balancée sur son propre poids ; et la mer n’avait point encore étendu autour d’elle ses bras immenses ; l’air, la mer et la terre étaient confondus ensemble : ainsi la terre n’avait pas de solidité, l’eau n’était point navigable, l’air manquait de lumière ; rien n’avait encore reçu sa forme distincte et propre. Ennemis les uns des autres, tous ces éléments rassemblés en désordre, le froid et le chaud, le sec et l’humide, les corps mous et les corps durs, les corps pesants et les corps légers, se livraient une éternelle guerre.

Un dieu, si ce n’est la bienfaisante Nature elle-même, mit fin à cette lutte, en séparant la