Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/294

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la génisse gémissante, et à son cou blanc comme la neige : « Malheureux que je suis ! s’écrie-t-il encore ; est-ce bien toi, ma fille, que j’ai cherchée par toute la terre ? La douleur de ta perte me pesait moins que celle de te retrouver. Tu gardes le silence, ta voix ne répond pas à la mienne ; seulement, de profonds soupirs s’échappent de ton sein, et tout ce que tu peux, c’est de répondre à mes paroles par des mugissements. Hélas ! ignorant ta destinée, je préparais pour toi la couche nuptiale et les flambeaux d’hyménée ; le premier de mes vœux était un gendre, le second une postérité ; maintenant, c’est dans un troupeau que tu dois chercher un époux, c’est là que tu dois chercher des enfants, et la mort ne peut mettre un terme à mon chagrin immense ! Malheureux d’être un dieu, la porte du trépas m’est fermée, et le destin me condamne à des douleurs éternelles comme ma vie ! » Le monstre au front étoilé d’yeux, interrompant sa plainte, arrache Io des bras de son père, l’emmène dans d’autres pâturages, et va s’asseoir lui-même sur la cime d’une montagne lointaine, d’où il peut promener de tous côtés ses regards vigilants.

Le maître des dieux ne put voir plus longtemps les maux cruels que souffrait la sœur de Phoronée ; il appelle le fils que lui donna une brillante Pléiade, et lui commande de livrer Argus à la mort. Aussitôt Mercure met à ses pieds des ailes, dans sa puissante main le caducée qui fait naître le sommeil, et sur sa tête un casque. Ainsi paré, du haut des cieux, sa patrie, il s’élance sur la terre, et, déposant à l’écart et son casque et ses ailes, il ne garde que le caducée. Il se sert de ce caducée, comme un berger de sa houlette, pour conduire à travers les mille détours de la campagne un troupeau de chèvres qu’il a dérobées chemin faisant, et qu’il mène en jouant du chalumeau. Charmé par les doux sons de ce nouvel instrument : « Qui que tu sois, dit le ministre de la vengeance de Junon, tu peux t’asseoir auprès de moi sur ce rocher. Nulle part ton troupeau ne trouverait de plus gras pâturages, et cette ombre, tu le vois, est propice aux bergers ». Le petit-fils d’Atlas s’assied ; ses longs entretiens semblent arrêter le jour qui s’écoule, et, par les accords de son chalumeau, il cherche à triompher de la vigilance d’Argus. Cependant le monstre lutte contre les douceurs du sommeil, et, quoique une partie de ses yeux commence à sommeiller, les autres veillent encore. La flûte venait d’être inventée ; il veut connaître l’histoire de cette découverte. Le dieu lui répond : « Sur les monts glacés de l’Arcadie, une naïade célèbre était devenue la compagne des Hamadryades de Nonacris : ces nymphes l’appelaient Syrinx. Plus d’une fois elle avait échappé aux poursuites des satyres et des autres dieux qui habitent les bois touffus ou les campagnes fertiles