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les métamorphoses



LIVRE DEUXIÈME

ARGUMENT. — I. Phaéton demande pour un jour la conduite du char du Soleil ; il est frappé de la foudre et précipité du Ciel. — II. Cycnus changé en cygne. — III. Calisto changée en Ourse. — IV. Le corbeau, de blanc qu’il était, devient noir. V. Ocyroë transformée en cavale. — VI. Battus métamorphosé en pierre. — VII. Aglaure changée en rocher. — VIII. Jupiter, sous la forme d’un taureau, enlève Europe.


Le palais du soleil s’élève sur de hautes colonnes, tout resplendissant d’or et de pierreries qui jettent l’éclat de la flamme : l’ivoire poli en couronne le faîte, et l’argent rayonne sur les doubles battants de sa porte lumineuse ; mais la matière le cède encore au travail : le ciseau de Vulcain y grava l’Océan, dont les bras environnent la terre, et le globe même de la terre, et le ciel, voûte de l’univers. Là, les flots azurés ont leurs dieux, Triton, la conque en main, l’inconstant Protée, Egéon qui presse entre ses bras le dos énorme des baleines, Doris et ses filles : celles-ci nagent dans les ondes ; d’autres, assises sur un rocher, font sécher leur humide chevelure, d’autres encore voguent portées sur des poissons. Elles n’ont pas toutes les mêmes traits, et cependant, sans être différents, leur traits ont cette ressemblance qui sied à des sœurs. La terre est couverte de villes avec leurs habitants, de forêts et de bêtes féroces, de fleuves, de nymphes et de divinités champêtres. Au-dessus s’élève la sphère rayonnante des cieux ; six constellations brillent à droite, et six à gauche. Dès que le fils de Clymène a gravi le sentier qui mène à ce palais, et qu’il a pénétré dans la demeure de celui qu’il n’ose plus appeler son père, il dirige ses pas vers lui ; mais, ne pouvant soutenir l’éclat qui l’environne, il s’arrête, et le contemple de loin. Voilé d’un manteau de pourpre, Phébus était assis sur un trône étincelant du feu des émeraudes. Il était entouré des jours, des mois, des années, des siècles, et des heures séparées par des intervalles égaux. On voyait, debout à ses côtés, le jeune printemps, couronné de fleurs nouvelles, l’été nu, tenant des gerbes dans sa main, l’automne, encore tout souillé des raisins qu’il a foulés, et le glacial hiver, aux cheveux blanchis et hérissés. Assis au milieu de cette cour, le Soleil, de cet œil qui voit tout dans le monde, a vu Phaéton immobile d’étonnement et de crainte à l’aspect de tant de merveilles.

« Quel motif t’amène en ces lieux, dit-il, et qu’y viens-tu chercher, ô