Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/308

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les métamorphoses


au monde un fils, gage éclatant de mon injure et du crime de Jupiter, qui m’appartient tout entier. Ce ne sera pas impunément : je te ravirai cette beauté dont tu es éprise, et qui allume une flamme odieuse au cœur de mon époux ». À ces mots, se plaçant devant elle, Junon la saisit par les cheveux qui couronnent son front, la courbe jusqu’à terre et la renverse. Calisto suppliante lui tendait les bras, et ses bras se couvrent d’un poil noir et hérissé ; ses mains se recourbent, s’arment d’ongles aigus et lui servent de pied ; sa bouche, admirée naguère de Jupiter, s’ouvre large et hideuse. De peur que la prière, aux accents irrésistibles, ne fléchisse son âme, le don de la parole lui est ravi : une voix pleine de colère, de menace et de terreur s’échappe, en grondant, de son gosier. Calisto devient ourse, mais sa raison survit à sa métamorphose ; de continuels gémissements attestent sa douleur ; sous leur forme nouvelle, ses mains s’élèvent vers les astres qui brillent au ciel, et si sa voix ne peut accuser l’ingratitude de Jupiter, son cœur la sent et l’accuse. Que de fois hélas ! n’osant reposer seule dans la forêt, elle vint errer devant la demeure et dans les champs qui lui appartenaient naguère ! Que de fois, poussée par les cris d’une meute à travers les rochers, chasseresse, elle fuit épouvantée à l’aspect des chasseurs ! Souvent elle se cache tremblante, à la vue des bêtes féroces, oubliant ce qu’elle est elle-même : ourse, elle redoute, dans les montagnes, la rencontre des ours ; elle a peur des loups, quoique son père se trouve parmi eux.

Ignorant le destin de la fille de Lycaon, sa mère, Arcas était parvenu à sa quinzième année ; un jour qu’il poursuit les monstres des forêts, et que, choisissant les endroits les plus favorables, il entoure de ses toiles les bois d’Érymanthe, il rencontre sa mère ; elle s’arrête à la vue d’Arcas et semble le reconnaître ; Arcas recule ; en la voyant fixer sur lui des regards immobiles, il tremble et ne la reconnaît pas : elle veut approcher davantage ; déjà il s’apprêtait à la percer d’un trait mortel, lorsque, arrêtant son bras, Jupiter les enlève l’un et l’autre et prévient le coup parricide ; emportés par un vent rapide à travers les espaces, ils sont placés dans le ciel, et changés en deux constellations voisines.

Junon, indignée de voir sa rivale briller parmi les astres, descend dans la mer écumante, séjour de Téthys et du vieil Océan, à la vue duquel les dieux eux-mêmes sont souvent émus de respect ; ils s’informent des motifs de sa visite : « Vous me demandez, répond-elle, pourquoi, reine des dieux dans l’empirée, je suis venue près de vous ? Une autre règne à ma place dans le ciel. Accusez-moi d’imposture, si, lorsque la nuit aura répandu ses ombres dans l’univers, vous ne voyez au plus haut des cieux (et c’est là ce qui déchire mon cœur), deux astres, nouvelles divinités de l’olympe, paraître près du dernier cercle qui, placé à