Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/354

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les métamorphoses

avec toutes les forces que la colère lui donne, il brandit son javelot et le lance contre Persée : mais c’est en vain ; le javelot s’enfonce dans le siège du héros ; il se lève soudain et du même trait qu’il arrache et relance d’une main courroucée, il eût percé le cœur de son ennemi, si Phinée n’eût cherché un abri derrière un autel qui protège, ô sacrilége indigne ! les jours de cet impie. Cependant le trait ne vole pas en vain et il brise le front de Rhétus : il tombe, et quand le fer est retiré de la blessure, ses membres palpitent, et son sang rejaillit sur les tables dressées près de lui. Alors une aveugle fureur s’allume dans le cœur des soldats ; les traits partent de tous côtés ; quelques voix s’écrient que Céphée doit périr avec son gendre ; mais Céphée a déjà franchi le seuil de son palais, attestant la justice, la bonne foi et les dieux protecteurs de l’hospitalité, que ce tumulte éclate malgré lui. La guerrière Pallas vole au secours de son frère ; elle le couvre de son égide et soutient son courage. Parmi les rebelles était l’Indien Athis, auquel Limnate, fille du Gange, donna, dit-on, le jour dans une grotte de cristal. À peine âgé de seize ans, une riche parure rehaussait encore l’éclat de sa beauté ; revêtu d’une robe de pourpre qu’entoure une frange d’or, il avait paré son cou d’un collier de même métal ; un riche bandeau formait une courbe gracieuse autour de ses cheveux arrosés de myrrhe. Habile à frapper du javelot le but le plus éloigné, il l’était plus encore à tendre l’arc ; et sa main en courbait avec effort le bois flexible, lorsque Persée saisit un tison fumant sur un autel, l’atteint au visage, et brise ses dents dans sa mâchoire fracassée. Il tombe, et sa belle tête roule dans le sang, sous les yeux de l’Assyrien Lycabas qui lui était uni par les liens les plus tendres, et ne faisait pas mystère de son amour. À la vue d’Athis dont la vie s’exhale par une une large blessure, Lycabas verse des larmes, et saisissant l’arc tendu par son ami : « C’est avec moi que tu dois combattre, dit-il, tu n’auras pas longtemps à t’applaudir de la mort d’un enfant, et d’un triomphe dont la honte surpasse la gloire ».

Il n’avait pas encore achevé ces paroles, et la corde lance une flèche acérée ; Persée l’évite, et le trait reste suspendu dans les plis de sa robe. Le petit-fils d’Acrise lève sur Lycabas ua glaive éprouvé par la mort de Méduse, et le plonge dans son sein. L’Assyrien mourant tourne sur Athis des yeux qui s’éteignent déjà dans les ombres du trépas, se laisse tomber sur son corps, et emporte aux enfers la consolation de le suivre et de mourir avec lui.

Cependant le fils de Méthion, Phorbas que Syène vit naître, et le Lybien Amphimédon, brûlant d’en venir aux mains, glissent et tombent dans le sang qui fume au loin sur le parvis. Ils veulent se relever, mais ils sont arrêtés par le fer qui atteint Amphimédon dans les