Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/385

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les métamorphoses

tel effort, que notre choc fait éclater le bruit du tonnerre dans les airs, et jaillir le feu du sein des nuages, l’un par l’autre heurtés. C’est moi qui, pénétrant dans les entrailles de la terre, et soulevant fièrement sur mon dos ses profondes cavernes, épouvante de mes secousses et le séjour des ombres, et l’univers entier. C’est avec de telles armes que je devais prétendre à l’hymen : je devais employer la force et non la prière, pour devenir le gendre d’Érechthée ». À peine Borée a-t-il proféré ces paroles, ou d’autres non moins fières, qu’il secoue ses ailes, dont le battement souffle le trouble sur la terre, et met en fureur le vaste Océan. Il déploie, sur le sommet des monts, sa robe qui soulève des tourbillons de poussière ; il balaie la terre, et s’enveloppant d’un épais nuage, il emporte dans ses ailes sombres la tremblante Orithye. Il vole, et son essor rapide donne à ses feux une force nouvelle. Le ravisseur n’arrête sa course aérienne qu’après avoir atteint le pays des Ciconiens, siège de son empire. C’est là que la vierge Athénienne devient à la fois épouse du roi des frimas et mère : elle donne le jour à deux jumeaux qui joignent aux attraits de leur mère les ailes de Borée. Mais on dit qu’elles ne naquirent point avec eux ; tant que la barbe ne parut pas au-dessous de leur blonde chevelure, Calaïs et Zétès furent sans ailes. Bientôt leurs flancs se revêtirent d’un plumage semblable à celui des oiseaux, en même temps que leurs joues s’ombragèrent d’un léger duvet : lorsque l’enfance eut fait place à la jeunesse, unis aux descendants de Minée pour la conquête de la toison d’or, ils s’élancèrent sur le premier vaisseau, à travers des mers inconnues.