Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/432

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bras vers le ciel, où règne son père. Bientôt il aperçoit Lichas, qui, tremblant, se cachait dans le creux d’une roche, et sa rage, poussée par la douleur jusqu’aux derniers transports, éclate en ces termes : « N’est-ce pas toi, Lichas, qui m’a apporté cet infernal présent ? N’es-tu point l’auteur de mon trépas ? » Lichas tremble et pâlit ; d’une voix timide, il murmure quelques paroles d’excuse : tandis qu’il prie et s’apprête à embrasser ses genoux, Alcide le saisit, et le faisant trois ou quatre fois tourner en cercle dans les airs, il le lance, d’un bras plus vigoureux que la baliste, dans les flots de la mer d’Eubée ; suspendu dans l’espace, Lichas s’endurcit. Telle on dit que la pluie condensée par la froide haleine des vents se change en neige et que cette neige légèrement agitée forme en tournoyant des globules solides qui retombent par torrents de grêle ; ainsi, quand Lichas est lancé dans le vide par un bras puissant, la peur dessèche dans ses membres glacés les sources de la vie, et, si l’on en croit la tradition des premiers âges, il devient un rocher insensible. Aujourd’hui même, faible écueil au sein de la mer d’Eubée, il s’élève au-dessus du gouffre et conserve les traces de la forme humaine ; les nautoniers craignent de le toucher, comme s’il était encore sensible, et le nomment Lichas. Mais toi, fils illustre de Jupiter, après avoir abattu des arbres que portait la cime de l’Œta, tu construis un bûcher, et tu ordonnes au fils de Péan de recevoir ton arc, ton large carquois et tes flèches destinées à voir de nouveau le royaume de Troie. Tandis que cet ami fidèle allume le bûcher qu’enveloppent bientôt les flammes avides, tu couvres de la dépouille du lion de Némée cet amas des arbres de la forêt et t’y couches, la tête appuyée sur ta massue, et le visage aussi serein que si, joyeux convive, tu reposais, le front couronné de fleurs, parmi des coupes pleines d’un vin pur.

Déjà la flamme victorieuse pétille et se répand tout autour du bûcher ; elle attaque les membres du héros, qui, toujours tranquille, semble mépriser ses atteintes. Les dieux ont tremblé pour le vengeur du monde : Jupiter s’aperçoit de leur crainte et leur dit d’un ton plein de douceur : « Vos alarmes font ma joie, habitants de l’Olympe, et je m’applaudis du fond du cœur d’être appelé le maître et le père d’un peuple reconnaissant, et de voir que mon fils trouve un nouvel appui dans votre sollicitude. Bien qu’il ne doive cet intérêt qu’à lui-même et à ses miraculeux travaux, moi-même je vous en sais gré. Mais fermez vos âmes fidèles à de vaines alarmes, et méprisez le bûcher qui brûle sur l’Œta : celui qui a tout vaincu saura vaincre les feux que vous voyez : ils feront sentir leur puissance à cette partie de lui-même qu’il tient de sa mère ; mais ce qu’il a reçu de moi est éternel, impérissable, à l’abri des atteintes de la mort et de la flamme. Quand