Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/451

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les métamorphoses

Phœbus que son ami doit cet honneur : lui-même il grave sur les feuilles le cri de ses regrets. Aï ! Aï ! ces lettres revivent sur la fleur qui reproduit la funeste syllabe. Non, bel Hyacinthe, Sparte n’a pas à rougir d’être ta mère. Ton culte dure encore de nos jours, et selon l’usage antique, solennel, chaque année ramène les fêtes pompeuses d’Hyacinthe.

Mais interrogez Amathonte, la cité aux mines opulentes ; avoue-t-elle la naissance des Propétides ? Elle les renie comme ces monstres dont naguère une double corne surmontait le front hideux, ces infâmes Cérastes, dont le nom rappelle la difformité. Devant leurs portes s’élevait l’autel de Jupiter hospitalier, sinistre autel, monument de barbarie ! À le voir teint de sang, l’étranger pouvait croire que l’on égorgeait sur cet autel les tendres génisses et les brebis d’Amathonte. La victime, c’était lui-même. Indignée de ces épouvantables sacrifices, la bienfaisante Vénus s’apprêtait à déserter ses villes bien-aimées et les campagnes d’Ophiuse. Mais, dit-elle, ces demeures chéries, ces îles fidèles, de quoi sont-elles coupables ? Quel crime ont-elles commis ? Ah ! plutôt que l’exil me venge d’une race abhorrée ; l’exil ou la mort, que sais-je ? Entre la mort et l’exil n’est-il pas un châtiment ; et ce châtiment que peut-il être, sinon la perte d’une forme qu’ils déshonorent ? » Tandis qu’elle hésite sur leur métamorphose, les cornes de leurs fronts attirent ses regards. De tels attributs peuvent rester leur partage ; soudain ces monstres gigantesques se transforment en taureaux farouches.

Toutefois les impures Propétides osent refuser leur encens à Vénus. Mais en butte au courroux de la déesse, les premières elles trafiquèrent, dit-on, de leurs corps et de leurs baisers. Femmes sans pudeur, leur front s’est endurci à la honte ; pierres, elles n’ont fait que changer d’endurcissement.

Témoin de leurs fureurs criminelles, et révolté des vices sans nombre qui dégradent le cœur des femmes, Pygmalion vivait libre, sans épouse, et longtemps sa couche demeura solitaire. Cependant son heureux ciseau, guidé par un art merveilleux, donne à l’ivoire éblouissant une forme que jamais femme ne reçut de la nature, et l’artiste s’éprend de son œuvre. Ce sont les traits d’une vierge, d’une mortelle ; elle respire, et, sans la pudeur qui la retient, on la verrait se mouvoir ; tant l’art disparaît sous ses prestiges mêmes. Ébloui, le cœur brûlant d’amour, Pygmalion s’enivre d’une flamme chimérique. Plus d’une fois il avance la main vers son idole ; il la touche. Est-ce un corps, est-ce un ivoire ? Un ivoire ! non, il ne veut pas en convenir. Il croit lui rendre baisers pour baisers ; tour à tour il lui parle il l’étreint ; il s’imagine que la chair cède à la pression de ses doigts ; il tremble qu’ils ne laissent leur empreinte sur les membres de la statue. Tantôt il la comble de caresses, tantôt