Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/489

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les métamorphoses

marin et quelquefois de lys éclatants. Deux fois, chaque jour, ils vont plonger leurs membres dans les eaux qui coulent des bois de Pagasée ; deux fois l’onde purifie leur corps ; leurs épaules, leurs flancs sont couverts des plus belles dépouilles des hôtes des forêts. Un amour égal les réunit ; tous deux ils errent ensemble sur les montagnes ; ensemble ils goûtent le frais dans les antres profonds, ensemble ils étaient venus aux festins des Lapithes ; ils combattaient ensemble.Un javelot, parti du côté gauche (quelle main le lança, on l’ignore) vient te frapper, ô Cyllare ! au dessous de l’endroit où la poitrine s’attache au cou ; le trait a effleuré le cœur. Cyllare le retire ; à l’instant son corps est devenu froid ; il chancelle. Hylonomé reçoit dans ses bras les membres inanimés de son époux ; sa main veut fermer la blessure ; elle approche sa bouche de la bouche de Cyllare, et ses lèvres veulent retenir l’âme qui s’enfuit ; enfin, elle voit qu’il est mort, elle prononce des paroles que le bruit des combattants ne laisse pas arriver jusqu’à mes oreilles, puis elle se précipite sur le trait qui blessa Cyllare, et meurt en embrassant son époux.

» Il me semble voir encore ce farouche Phæocomès ; sous les peaux des lions que des nœuds joignent entre elles, il couvrait à la fois et l’homme et le cheval ; il lance une souche que quatre bœufs attelés remueraient avec peine, et frappe Phonolénide au sommet de la tête ; la tête est brisée tout entière, et la bouche, les narines, et les oreilles, laissent échapper le cerveau, devenu liquide, et qui s’écoule comme entre les joncs sort un laitage pressé, ou comme, à travers les trous nombreux d’un crible, coule et s’exprime une épaisse liqueur. Mais, tandis que Phæocomès s’apprête à dépouiller sa victime, ton père en fut témoin, je plonge mon glaive dans ses entrailles. Avec lui Chthonias et Télébous sont renversés par mon bras ; le premier s’était armé d’une branche fourchue. Le javelot de Téléboas me fit cette blessure, dont te peux voir encore l’antique cicatrice ; c’est alors qu’il m’eût fallu porter le siège devant Troie ; c’est alors que j’aurais pu, sinon vaincre, au moins arrêter le bras du grand Hector ; mais alors Hector n’était pas né, ou il était enfant ; moi, maintenant, je succombe sous le poids de l’âge. Te dirai-je Périphas, vainqueur de Pyrétus ? Te raconterai-je les exploits d’Ampycus, qui perça le visage du centaure Oëclus d’une lance sans fer ? Le Péléthronien Macarée abattit Érygdupus sous le coup d’un pesant levier. Moi aussi, je m’en souviens, je plongeai dans l’aine de Cymélus un épieu que la main de Nessus avait lancé ! Ne crois pas que le fils d’Ampycus, Mopsus, n’ait su que prédire l’avenir : un trait lancé de sa main renversa le centaure Oditès : le javelot attache la langue au menton et le menton au gosier, et