Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/537

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les métamorphoses

parées de bandelettes, est conduite aux autels. Là, sans rien comprendre, elle entend des prières, elle voit poser sur son front les fruits de la terre, qu’elle a cultivée ; le couteau qu’elle a peut-être aperçu dans un vase d’eau limpide la frappe ; le sang coule, et, dans les entrailles arrachées de son sein palpitant, on interroge la volonté des dieux. D’où viennent à l’homme ces horribles appétits ? Ô mortels, comment osez-vous ? Cessez, je vous en conjure ; écoutez mes conseils, et quand vous portez à votre bouche la chair de vos bœufs, sachez bien que vous dévorez vos laboureurs.

» Et puisqu’un dieu me presse de parler, j’obéis au dieu qui m’inspire : mon âme est un oracle ; devant moi les cieux s’ouvrent, et un esprit divin se révèle par ma voix. De grands mystères, que le génie n’a pas encore interrogés, je vais les dire : à travers les espaces, loin de cette terre, de ce séjour de boue, je veux voler sur les nuages, et fouler à mes pieds les puissantes épaules d’Atlas ; je veux d’en haut regarder la foule insensée qui s’agite ; je veux rassurer l’homme tremblant à l’idée du trépas, et lui dérouler le livre des destins.

» Ô race abusée, d’où te vient cette horreur de la mort ? Pourquoi redouter et le Styx, et la nuit infernale, et les châtiments d’un monde imaginaire, vains noms, vaines fictions des poètes ? Votre corps, que la flamme du bûcher ou la pourriture le détruise, ne peut souffrir aucun mal : l’âme ne peut mourir, et elle ne sort d’une première demeure que pour aller vivre dans une autre. Moi-même, il m’en souvient, j’étais au siège de Troie, je m’appelais Euphorbe, fils de Penthus et le plus jeune des Atrides me traversa la poitrine de sa lance. Naguère encore, dans Argos, j’ai reconnu mon bouclier, aux murs du temple de Junon. Tout change ; rien ne périt. L’esprit vagabond erre d’un lieu dans un autre, anime tous les corps ; l’animal après l’homme, l’homme après l’animal ; mais il ne meurt jamais. Comme la cire docile, qui reçoit mille empreintes nouvelles, et sous des formes toujours variées, demeure toujours la même, l’âme reste la même aussi, sous la diverse apparence des divers corps où elle émigre. Gardez-vous d’être impies, pour obéir au ventre ; gardez-vous, les dieux le veulent, de troubler dans leur asile, d’en chasser par le meurtre les âmes de vos proches : ne nourrissez pas de sang votre sang.

» Et puisque j’ai déployé toutes mes voiles aux vents qui m’ont porté en si haute mer, je poursuis. Rien dans l’univers n’est stable : tout passe ; toute forme est éphémère. Le temps lui-même ne cesse de couler comme un fleuve ; les eaux du fleuve ne s’arrêtent jamais, et jamais