Page:Ovide - Œuvres complètes, Nisard, 1850.djvu/550

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d’effroi, et à tous les dieux qu’elle rencontre : « Voyez, s’écrie-t-elle, voyez quel affreux complot on trame contre moi, de quels pièges on entoure l’unique rejeton d’Iule ! Seule, serai-je toujours en proie à de nouvelles douleurs ? Un jour a vu Diomède me blesser de sa lance ; un autre vit, à ma honte, Ilion périr malgré mon appui ; moi-même j’ai vu mon fils jeté par la tempête de rivage en rivage, je l’ai vu descendre aux sombres bords, et Turnus, ou plutôt Junon, lui disputer un asile ! Mais pourquoi rappeler ces vieilles douleurs ? Pourquoi tous ces souvenirs du passé, quand un malheur est là qui me menace ? Voyez aiguiser contre moi ces poignards impies ; écartez-les : de grâce, loin, bien loin, un tel crime ! Que le meurtre du pontife ne fasse pas éteindre le feu sacré de Vesta ».

Vénus se désespère, et remplit le ciel de ses plaintes. Les dieux, émus de pitié, ne peuvent briser les arrêts de fer des trois sœurs, mais ils donnent des signes certains des calamités futures. Au sein de noirs nuages, on entend le fracas des armes, mêlé au son terrible des trompettes et des clairons ; la face du soleil pâlit, et couvre la terre épouvantée d’une lumière livide ; on voit, au milieu des étoiles, briller des torches flamboyantes, et avec la pluie, tomber des gouttes de sang ; le front lumineux de Lucifer se voile d’une sombre couleur ; le char de la Lune roule ensanglanté. En mille endroits, le hibou funèbre donne de sinistres présages, l’ivoire répand des larmes ; du fond des bois sacrés s’élèvent des chants sinistres et des voix menaçantes. Aucune victime ne peut apaiser les dieux ; les entrailles palpitantes annoncent d’effroyables tumultes tout près d’éclater ; on trouve la partie supérieure du foie coupée par le couteau du sacrifice. Dans le forum, autour des maisons et des temples, des chiens hurlent pendant la nuit ; on voit errer dans l’ombre des spectres silencieux, et la ville tremble sur ses fondements. Mais les avertissements des dieux ne peuvent triompher du crime et du destin : les poignards sont tirés au milieu du sénat, c’est le lieu que les conjurés ont choisi pour assassiner César.

À cette vue, Vénus se meurtrit le sein ; elle voudrait cacher César dans le nuage qui déroba Pâris à la vengeance de Ménélas, et le fils d’Anchise à l’épée de Diomède. « Seule, ô ma fille, lui dit Jupiter, crois-tu pouvoir changer l’immuable arrêt du destin ? Entre, tu le peux, dans le séjour des trois sœurs ; là, tu verras les tables de l’avenir, ouvrage immense de fer et d’airain : sur leur base éternelle, elles ne craignent ni le choc des cieux ni les éclats de la foudre. Là, tu verras, fixées sur un métal impérissable, les destinées de ta