Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/165

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ser dans la capitale des travaux plus sérieux et une réforme morale plus complète. J’avais mis mes désirs sous les auspices de notre Mère céleste, et je me confiais en mon bon vouloir. Or depuis ce temps trois mois se sont écoulés et me voici les mains vides. Des malaises continuels, les démarches ennuyeuses ont commencé à éteindre mon ardeur, et lorsque j’ai eu tout le loisir et toutes les facilités désirables, je suis tombé dans une sorte de langueur fatale que je ne saurais secouer. L’étude que j’aimais autrefois me fatigue ; la plume pèse à mes doigts: je ne sais plus écrire. Nous avons bien encore des conférences littéraires, mais les pauvrettes sont mourantes, et ce n’est pas moi, a coup sûr, qui les sauverai. La force, ce don du Saint-Esprit, si nécessaire aux hommes de ce siècle pour cheminer sans chute à travers tant de périls, la force n’est point en moi. Je suis flottant au gré de tous les caprices de mon imagination. La piété me semble parfois un joug, la prière une habitude des lèvres, les pratiques du christianisme un devoir que j’accomplis avec lâcheté, une dernière branche à laquelle je me cramponne pour ne pas rouler dans l’abime, mais dont je ne sais pas cueillir les fruits nourriciers. Je vois les jeunes gens de mon âge s’avancer tête levée dans les voies d’un progrès réel, et moi je m’arrête et je désespère de pouvoir les suivre, et je passe à gémir le temps qu’il faudrait mettre à marcher.