Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/417

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Alors, je me suis demandé quel secret dessein de Dieu, quel démérite des hommes, quel péché peut-être du Génie, a fait que cette Babel Sainte attendît en vain son achèvement. Ou bien encore, reprenant le plan primitif qu’on a fidèlement conservé, je comparais l’idéal avec la réalité. Je voyais les trésors des rois, le labeur des siècles, les procédés d’une civilisation avancée, tenus en écbcc par la pensée d’un seul homme, incapables de traduire l’idée qu’un pauvre tailleur de pierres avait conçue, et de reproduire cette révélation du beau qui s’était faite un jour dans son intelligence. Dans cette toute-puissance de l’art quand il conçoit, c’est-à-dire quand il reçoit, et dans son impuissance à produire, c’est-a-dire à agir par lui-même, je retrouvais l’opposition de la grâce et de la nature, le double caractère de grandeur et de bassesse imprimé au fond de l’humanité déchue. La foi seule, par un des miracles de logique qui lui sont familiers, m’expliquait l’impossibilité du monument commencé pour elle.

Au reste, si la mémoire pouvait oublier l’image douloureuse de la basilique inachevée, il n’y aurait pas lieu d’éprouver un regret, on ne s’apercevrait pas de l’absence d’une cathédrale, on serait plutôt embarrassé de choisir pour ce titre entre les magnifiques églises dont les tours et les clochers couronnent la ville : Des trois cent soixante-cinq sanctuaires que Cologne possédait au temps de l’Électorat,