Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 10.djvu/426

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pour d’autres souvenirs autrement plus chers, et qu’il ne soit plus possible de revenir sur ses pas dans les routes de la vie, et de retrouver ceux que nous y avons laissés ?

Telles sont, mon cher ami, les méditations de cette promenade solitaire et, par conséquent, pensive. C’est la première fois que je sors de France sans mon frère, n’ayant d’ailleurs aucun compagnon de route, entouré de conversations étrangères, en anglais ou en dialectes allemands plus ou moins corrompus, par conséquent placé dans les plus favorables circonstances pour atteindre mon but, c’est-à-dire pour recueillir, en une semaine, le plus de sensations possible. Il n’y a pas de mal à cette extrême urgence qui me presse ; l’activité forcée est une bonne hygiène pour les esprits paresseux : il y a de l’inspiration dans la contrainte. Puisse-t-il en être ainsi !...

Mais à d’autres moments mon excursion me semble une folie, une témérité de feuilletoniste qui s’en va découvrir l’Allemagne, ou plutôt une satisfaction mesquine donnée à mes scrupules, une manière d’escobarderie, pour dire à mes auditeurs cet hiver « Messieurs, j’ai vu » Absolument comme quand j’étais petit, je trempais le bout des doigts dans l’eau afin de pouvoir répondre à maman sans mentir « Je me suis lavé. » Enfin, et pour en revenir aux grandes comparaisons, il me semble que je fais un peu comme Caligula qui alla jusqu’au