Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/107

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à son berceau, elle a vu cet enfant de noble origine secouer ses langes, grandir d’abord en force, puis en beauté et en sagesse, étendre sans cesse autour de soi le domaine de sa pensée, et multiplier les œuvres de ses mains. Elle l’a suivi dans ses plus rudes épreuves, et toujours elle l’en a vu sortir meilleur, et elle a conclu que la loi du progrès est la loi de l’histoire. Pourtant, à supposer incontestables les faits qu’elle allègue et qui peuvent être controversés si le passé a été témoin de la jeunesse et de la croissance du genre humain, l’avenir ne pourrait-il pas l’être de sa décadence et de sa vieillesse  ? Toute vie qui commence au berceau ne doit-elle pas aboutir à une tombe, et n’est-ce pas téméraire, quand les prémisses n’embrassent que six mille ans, d’en vouloir faire sortir une conséquence éternelle ? La raison se réfugie dans le sanctuaire de la conscience ; elle y rencontre ce sentiment mystérieux, ce besoin de la perfection qui tourmente le cœur ; elle écoute comme un oracle cette voix intérieure qui ne cesse d’en appeler à l’avenir; elle assemble toutes les aspirations secrètes de l’âme vers un état plus heureux, et elle en conclut encore que la loi du progrès est la loi de la conscience. Et toutefois, quand cette voix serait un oracle, qui sait si cet oracle n’est point trompeur, si ces aspirations ne sont pas les songes d’un malade et quelque mystérieuse folie ? Qui sait si cette souffrance du cœur n’est pas un châtiment, cette image