Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/22

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ruines et d’infortunes, consolez-vous. Cette prospérité apparente ne fait que vous cacher des rues abandonnées, des espaces déserts où quelque décombre garde un grand nom. Prenez pour guide un de ces enfants en haillons, je ne jure point qu’il refusera vos maravédis, mais assurez-vous qu’il sera fier de vous montrer la ville des héros.

Au nord de la ville moderne, et en redescendant vers l’ouest, se déroule l’antique ceinture de murailles, à demi détruites, mais larges encore et menaçantes, couronnées de créneaux, et percées de portes dont l’arcade en fer, à cheval rappelle le temps des Maures. La tradition s’attache comme le lierre ces vieux débris. On dit qu’en 884, un chef chrétien, Diegos Porcellos, ayant défait les Sarrasins dans les gorges de Pancorbo, bâtit cette enceinte pour y mettre à l’abri les femmes, les enfants, le butin de ses soldats, et la nomma du nom germanique de Burgos (Burg, château). Ce fils des Goths voulut retremper sa race dans le sang des hommes du Nord. Sa fille, Sulla Bella, épousa un seigneur allemand, venu en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, et retenu dans ces contrées par le pieux désir de combattre les mécréants. De cette union seraient descendus à différents degrés Nuño de Rasura, le comte Fernan Gonzalez, les sept infants de Lara, le Cid. La légende a trouvé le moyen de réunir en une seule lignée tous les héros de la Castille.