Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/371

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Et d’abord le panthéisme, qui constitue sa métaphysique, apparaît comme un mélange de spinosisme et des vieux systèmes grecs, empruntés eux-mêmes aux philosophes hindous. L’universalité de la substance, la distinction de ses deux formes spirituelle et matérielle, l’axiome du développement perpétuel, indéfini, appartiennent à Giordano Bruno, Spinosa, et à quelques penseurs de l’Allemagne. Le principe de l’unité, la vivification du grand tout par l’amour, l’émanation des âmes, enfin la métempsycose, sont autant de pensées antiques, fruit des premières méditations de la philosophie naissante, et souvent égarée sous le ciel merveilleux de l’Orient. Mais au moins la mémoire de la révélation primitive dominait et épurait encore ces doctrines elles admettaient l’idée morale du jugement après la mort, que Saint-Simon renie ; et la métempsycose offrait aux justes l’espérance d’une transformation glorieuse, aux coupables la crainte d’une honteuse métamorphose et d’une vie future expiatoire.[1]

  1. L’idée de cette unité vivante, de cet amour qui vivifie le grand tout, se retrouve à chaque instant dans l’antiquité païenne et philosophique. « La pensée, disait Xénophane, est la seule substance réelle, persévérante, immuable. (Diogène Laërce, 9, § 19.) Et l’on sait que les philosophes anciens comprenaient sous le nom générique de Pensée toutes les manières d’être de l’âme : on n’en était point encore venu à séparer l’intelligence de l’amour. Le passage suivant d’Apulée est plus curieux encore

    Quae fuerunt exorta et quae ventura sequentur,
    Haec in ventre Jovis rerum compage manebant.
    Primus cunctorum est et Jupiter ultimus idem
    .