Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/405

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Enfin la puissance d’Aristote fut si grande, que les faisceaux de la magistrature se rangèrent autour d’elle, et qu’en 1624, quelques thèses renfermant des opinions nouvelles ayant été proposées, le parlement de Louis XIV prit fait et cause pour le professeur d’Alexandre, et défendit « à toutes personnes, sous peine de la vie, de tenir ni enseigner aucune maxime contre les anciens auteurs et approuvés[1]. » Toutefois, sous cette direction, les sciences avaient fait peu de progrès. La philosophie scolastique se plaisait davantage aux discussions éclatantes qu’aux silencieuses méditations ; elle aimait le grand jour, la solennité des thèses publiques, le tumulte d’un immense auditoire partagé en factions rivales, le triomphe insolent d’un argument décisif.[2] Du reste, elle était peu curieuse d’observations nouvelles, elle s’en tenait aux notions incomplètes des anciens : elle en avait tiré un certain nombre d’axiomes, dont plusieurs déguisaient mal sous une expression ambitieuse l’indigence de la pensée, et de ces axiomes elle prétendait déduire à priori toutes les lois de l’univers. D’un autre côté, quelques rêveurs qui s’ennuyaient d’errer entre les murs infranchissables du trivium

  1. Launoy, de varia Aristotelis fortuna.
  2. Voici quelques-unes des questions qui se traitaient dans ces disputes « De universalibus, de principio individuationis, de distinctione quantitatis a re quanta, de maximo et minimo, de infinito, num Deus materiam possit facere sine format, num plures angelos ejusdem speciei condere, » etc..