Page:Ozanam - Œuvres complètes, 3e éd, tome 7.djvu/419

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écrivit aussi une histoire de Henri VII, sur laquelle la critique s’est divisée, lui prodiguant tour à tour la louange et le blâme. Enfin il fit preuve d’une érudition peu commune dans son livre de Sapientia veterum, où il expliqua les fables mythologiques de la Grèce par d’ingénieuses allégories, et dans un traité spécial où il compara les systèmes philosophiques de Parménide et de Démocrite avec celui de l’italien Telesio.

Il serait naturel de croire qu’emporté dans un vol si rapide à travers des régions si vastes l’esprit de Bacon n’avait guère le temps de semer de fleurs son passage ; que l’énergie de ses conceptions ne lui laissait pas la liberté de choisir ses images ou de moduler ses paroles. La création a reçu de son divin Architecte un double caractère de vérité et de beauté ; sur chacune de ces deux faces elle porte un voile, et d’ordinaire la main des hommes n’en peut soulever qu’un. Poète, il ne découvre que la beauté des choses tout est pour lui accord, splendeur, ravissantes visions, ivresse de l’âme. Savant, la vérité se manifeste à lui, mais sous des traits austères les concerts des astres se réduisent en chiffres, les trésors de la terre viennent se pulvériser sous le pilon ou se consumer dans le fourneau. Ce sont deux destinées qui semblent s’exclure, et cependant toutes deux se réunirent sur la tête de Bacon. Dans cette harmonie de la nature, qui est l’objet suprême de la science, il avait trouvé en