Page:Pérochon - Les Creux de maisons.djvu/179

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gagné notre vie maintenant que nous voilà à peu près tous en force, mais nous n’aurions pas pu prendre de terre. Ici, c’est commode ; on ne demande que des bras. Vous pensez si papa se trouve heureux, lui qui a été toute sa vie chez les autres.

Il m’a dit de vous dire, Séverin, que, si, dans quatre ou cinq ans, quand vos enfants commenceront à être grands, vous vouliez venir en Charente, il se chargerait de vous trouver une petite terre.

Chers voisins, c’est pour vous dire que nous voudrions bien aller vous voir, mais c’est le voyage qui coûte trop cher. Nous vous regrettons beaucoup, moi, maman, papa et tous les autres.


Après cela, il y a le nom d’Avit, d’Avit Maufret, le plus savant de sa famille. Les Maufret, après tant d’autres, sont partis pour les Charentes ; ils sont partis treize à la Saint-Michel dernière, ne laissant derrière eux que l’aînée des filles mariée à un valet du pays et le cadet des garçons, artilleur à Poitiers. C’est loin, les Charentes, mais qu’importe, ils sont sortis de leur creux-de-maison, voilà l’essentiel.

Les Pâtureau ont eu un moment l’idée de les remplacer ; les Pâtureau sont en effet à l’étroit chez eux : les quatre aînés couchent dans le même lit, les deux garçons au pied, les deux filles à la tête ; Marthe dort encore dans le berceau, mais elle ne tardera pas à être trop grande. Cependant ils ont reculé encore une fois devant la dépense : l’ancienne maison des Maufret, qui a deux chambres, coûte soixante-cinq francs par an. C’est Gustinet, l’ami de Séverin, qui est venu y demeurer ; il a, lui aussi, une femme, quatre enfants et une ancienne, la mère de sa femme.