Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/116

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


songeant que pareille plainte a été faite par les plus grands hommes, et que, si tu es tombé volontairement dans ce labyrinthe, tu pourras en sortir volontairement en le voulant bien. D’ailleurs, à la longue, tes oreilles s’habitueront à entendre la rumeur de la foule avec autant de plaisir que le bruit d’une cascade. Or, comme je l’ai dit, tu obtiendras ce résultat très aisément si tu calmes d’abord les tumultes de ton imagination, car l’âme sereine et tranquille est inaccessible aux nuages extérieurs et sourde à tous les bruits du dehors. Ainsi donc, debout sur le rivage à sec, tu contempleras sans crainte le naufrage des autres, tu entendras en silence les cris lamentables des malheureux qui se noient, et autant ce triste spectacle t’inspirera de compassion, autant la sécurité de ton sort comparée aux périls d’autrui t’inspirera de joie. D’après cela, je suis sûr que tu banniras bientôt toute la tristesse de ton âme.

Pétrarque. Quoique bien des choses m’agacent et surtout l’opinion où vous êtes qu’il m’est facile et qu’il dépend de moi de quitter les villes, cependant, comme sur plusieurs points vous m’avez vaincu par la raison, je veux déposer les armes avant d’être battu encore sur ce terrain.

S. Augustin. Tu peux donc maintenant que la tristesse est bannie te réconcilier avec ta fortune.

Pétrarque. Je le puis certainement, si toutefois la fortune est quelque chose : car,