Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/17

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clamant ses droits, tantôt elle se présente à mes yeux pendant que je veille, tantôt d’un front menaçant elle trompe par une vaine terreur mon sommeil léger. Souvent même (chose merveilleuse !) ma porte étant fermée à triple verrou, elle pénètre dans ma chambre à coucher au milieu de la nuit et revendique tranquillement son esclave. Mes membres se glacent, et mon sang reflue tout à coup de toutes mes veines pour protéger la citadelle du cœur. Nul doute que si quelqu’un apportait par hasard une lumière rayonnante, il ne découvrît sur mon visage une pâleur mortelle et toutes les marques d’une âme saisie d’effroi. Je me réveille, épouvanté, en versant un torrent de larmes ; je saute hors du lit, et, sans attendre que la blanche épouse de Tithon[1] paraisse peu à peu à la voûte céleste, j’abandonne l’intérieur suspect de mon habitation. Je gagne la montagne et les bois, en jetant les yeux autour de moi et en arrière pour voir si celle qui était venue troubler mon repos, s’acharnant à me poursuivre, n’avait point devancé mes pas. Mes paroles trouveront foi difficilement. Puissé-je échapper sain et sauf à ces embûches, aussi vrai que souvent, quand je crois être absolument seul au fond de la forêt, le branchage et le tronc d’un vieux chêne me représentent son image redoutable ! Je l’ai vue émerger d’une fontaine limpide ; elle à brillé au-devant de moi sous les nues ou dans le vide de l’air. En croyant la voir sortir vivante d’un bloc de pierre, la frayeur a tenu mes pas suspendus. Tels sont les pièges que l’amour me tend. Il ne me reste aucun espoir, à moins

  1. L’Aurore.