Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/88

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version pour de vains honneurs : on m’accuse encore d’ambition !

S. Augustin. Vous renoncez à bien des choses, vous autres mortels, non parce que vous les méprisez, mais parce que vous désespérez de pouvoir les obtenir. L’espoir et le désir s’excitent par des aiguillons réciproques, au point que, l’un se refroidissant, l’autre s’attiédit, et l’un s’échauffant, l’autre bouillonne.

Pétrarque. Qu’est-ce qui m’empêchait d’espérer, je vous prie ? Étais-je donc dépourvu de toute qualité ?

S. Augustin. Je ne parle pas de tes qualités ; mais tu n’avais pas assurément celles à l’aide desquelles, aujourd’hui surtout, on monte à de hauts degrés : je veux dire l’art de s’introduire dans les palais des grands, de flatter, de tromper, de promettre, de mentir, de feindre, de dissimuler et de supporter toutes sortes d’avanies et d’indignités. Privé de ces qualités et d’autres semblables, et convaincu que tu ne pouvais vaincre la nature, tu t’es dirigé ailleurs. Tu as agi prudemment et sagement, car, comme dit Cicéron, combattre contre les dieux à la façon des géants, qu’est-ce sinon lutter contre la nature[1] ?

Pétrarque. Fi des grands honneurs s’ils s’acquièrent par de tels moyens !

S. Augustin. C’est parler d’or, mais tu ne m’as pas convaincu de ton innocence, car tu n’affirmes pas n’avoir point désiré

  1. De la Vieillesse, 11.