Page:Pétrarque - Mon secret, 1898.pdf/91

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convertir pour nous et pour les autres en des instruments de tristesse et de mort ? Cette réflexion m’a servi à ce point que sous l’impulsion de la colère, je ne tombais pas tout à fait, et que, si je venais à tomber, je me relevais aussitôt ; mais jusqu’à présent aucun effort n’a pu m’empêcher d’être agité par le vent de la colère.

S. Augustin. Comme je ne crains pas que ce vent te fasse faire naufrage, ni à toi ni à d’autres, je consens volontiers que, sans atteindre aux promesses des stoïciens, qui se font fort d’extirper les maladies de l’âme, tu te contentes en cela de l’adoucissement des péripatéticiens. Laissant donc ces défauts de côté pour le moment, j’ai hâte d’en venir à d’autres plus dangereux et contre lesquels tu devras te tenir en garde avec beaucoup plus de soin.

Pétrarque. Bon Dieu ! Que reste-t-il encore de plus dangereux ?

S. Augustin. De quels feux la luxure ne t’embrase-t-elle pas ?

Pétrarque. De feux si violents parfois que je regrette bien de ne pas être né insensible. J’aimerais mieux être une pierre inerte que d’être tourmenté par tant d’aiguillons de la chair.

S. Augustin. Eh bien ! voilà ce qui te détourne le plus de la pensée des choses divines. Car qu’enseigne la doctrine céleste de Platon, sinon qu’il faut éloigner l’âme des passions du corps et supprimer les fantômes pour qu’elle s’élève pure et libre à la contemplation des mystères de la divinité,