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LA SENSIBILITÉ INDIVIDUALISTE.

ticisme et son dilettantisme social, l’individualiste goûte chez les auteurs un petit d’air d’ironie et d’irrespect propre à cingler les philistins cérémonieux et pontifiants. Il se délecte d’une pensée comme celle-ci, qui est de B. Shaw et qui est exquise : « Ne donnez pas à vos enfants d’instruction morale ou religieuse sans être assuré qu’ils ne la prendront pas trop au sérieux ; mieux vaut être la mère d’Henri IV que celle de Robespierre. » D’ailleurs l’individualiste ne songe pas à faire de prosélytisme. Il prendrait volontiers à son compte le mot de Barrès : « Il n’appartient à aucun de modifier la façon de sentir de son voisin. » L’individualiste propose des placita et n’impose pas de dogmes. Tout au plus, comme Stendhal, écrit-il to the happy few.

Disons un mot de la sincérité individualiste. Cette sincérité ne procède pas d’un scrupule moral, mais d’une fierté personnelle, d’un sentiment de force et d’indépendance. On se rend ce témoignage qu’on se moque de l’antipathie des autres. La sincérité est un signe de force : « les personnes faibles ne peuvent être sincères, » dit La Rochefoucauld.

On peut dire aussi que la sincérité de l’individualiste est en partie réactive, au sens nietzschéen que nous avons vu plus haut. L’individualiste est sincère en quelque sorte par esprit de contradiction. Il aime la sincérité et la netteté par antipathie pour l’hypocrisie sociale et pour ceux qui la représentent. « Mon