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LA SENSIBILITÉ INDIVIDUALISTE.

perbole capable d’exprimer la pleutrerie corporative, je me suis arrêté à la suivante : Supposons qu’un chef hiérarchique grossier (l’hypothèse n’est pas absolument impossible) applique à l’un de ses subordonnés un coup de pied quelque part avec une intensité pouvant être représentée par 30 au dynamomètre, et qu’il se contente d’infliger à tel ou tel autre la même marque d’attention avec une intensité réduite à 20, ces derniers seront enchantés et considéreront la différence comme un avancement personnel, comme un bénéfice représenté par l’écart entre 30 et 20. — Il me reste un scrupule, dirait Schopenhauer : Est-ce bien une hyperbole ?

La mentalité syndicaliste, — autre forme de la mentalité solidariste, — a été définie par un publiciste qui connaît bien les syndicats : « Un altruisme camaradivore. » Récemment M. Buisson rapportait « les doléances d’instituteurs syndiqués qui se plaignaient que le président ou le secrétaire du syndicat, ou même les deux, profitant de leur situation élevée, auraient mis la main sur de bonnes places [1]. »

Il y a pourtant une pensée solidariste sincère et sérieuse. C’est celle d’un certain nombre de penseurs humanitaires et idéalistes qui aiment à se placer au point de vue du bien de l’ensemble, de la société, de l’humanité. — On sait que la vision de l’univers du point de vue solidariste est un « sociomorphisme universel » (Guyau). L’univers apparaît au solidariste

  1. Pages libres, numéro du 25 janvier 1908 : Entretien sur la démocratie.