Page:Palante - La Sensibilité individualiste, Alcan, 1909.djvu/69

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Thackeray, un Anatole France ont évidemment éprouvé devant la vanité et la sottise de leurs contemporains cette petite secousse de stupéfaction qui vous traverse comme une commotion électrique ; sinon ils n’auraient pas écrit ces chefs-d’œuvre d’ironie légère, souriante et cinglante : le Livre des Snobs et les Histoires contemporaines.

L’ironie est souvent provoquée par un heurt brusque de la conscience individuelle et de la conscience sociale, par la vision subite de ce qu’il y a de stupidement et d’impudemment mensonger dans les simulacres sociaux. L’individu trouve alors que ces simulacres ne valent pas qu’on les discute sérieusement et que tout ce qui leur convient est le sourire de l’ironie.

L’ironie est donc un sentiment individualiste et, jusqu’à un certain point, antisocial. Car, par son sourire méphistophélique, l’ironiste annonce qu’il s’est retiré de la scène du monde, qu’il est devenu un pur contemplateur et que là, dans les templa serena de la pure et immaculée connaissance, il se rit des entraves sociales, des conventions, des rites et des momeries de tout genre qui, comme autant de fils, font mouvoir les marionnettes de la comédie sociale. Antisocial, l’ironiste l’est encore par son dédain de ces préjugés qu’on décore du nom de principes. Il se rit du philistin, de l’homme « aux préjugés immuables » d’Ibsen ; et réciproquement il est lui-même en horreur au philistin, c’est-à-dire à l’être social par excellence. Cette attitude est admirable-