Page:Paquin - La tragique idylle, paru dans Mon Magazine, jan-fev 1927.djvu/8

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


avant de s’enfoncer dans la cervelle par l’œil droit. La mort fut instantanée.

Ses amis lui composèrent un brancard de branches et le transportèrent chez lui.

Rose-Marie, avertie, courut chez les Lambert. Celui qu’elle avait vu la veille, plein de vie et souriant, n’était plus qu’un cadavre inerte. Le cher visage, horrible à présent, était une masse de chair hideuse. Elle se jeta sur lui, le couvrit de baisers, et sanglota en le serrant entre ses jeunes mains, ne voulant pas lâcher la macabre étreinte. On dut lui desceller les doigts de force.

— Elle vit encore ?

— Non ! Le mois suivant, elle entrait en religion le jour même elle devait se marier. Six mois après, elle mourut.

Je reconstituai à ses mots, le drame banal, mais empoignant. Ce qui se passa dans cette âme, l’abîme de détresse où elle sombra, nul ne l’a su. Jamais un sourire n’effleura ses lèvres.

La pensée atroce, douloureuse, cruelle, que jamais plus se poseront sur elle les yeux adorés, jamais plus à son oreille ne vibrera la voix de l’être aimé, la hantait. Jamais plus !

Son cœur insensiblement se détractait du monde. Elle pâlissait, pâlissait chaque jour davantage. Et chaque jour la tuait un peu plus…

Parfois des révoltes, mais vite comprimées. L’apaisement de l’autel, la foi qui sauve et qui fait endurer, et finalement, minée, rongée au cœur, elle s’éteignit doucement, comme un cierge se consume…

Voilà à quoi je pensais en quittant nos hôtes, pendant que l’auto nous amena dans un autre village poursuivre notre campagne.