Page:Pareto - Traité de sociologie générale, volume I.djvu/75

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§ 8-11 PRÉLIMINAIRES 5

8. Une telle étude est très utile à la sociologie, parce qu’une grande partie de ces propositions et de ces théories donne l’image de l’activité sociale. Souvent même, elles seules nous permettent d’avoir connaissance des forces qui agissent sur la société, c’est-à-dire des dispositions et des inclinations des hommes. C’est pourquoi nous nous en occuperons ici longuement.

D’abord nous devons nous efforcer de classer ces propositions et ces théories, puisque cette opération est presque indispensable pour bien connaître un grand nombre d’objets variés[1].

Pour ne pas répéter chaque fois : propositions et théories, nous ne nommerons dorénavant que ces dernières ; mais ce que nous dirons de celles-ci vaudra aussi pour celles-là, sauf indication contraire.

9. Pour l’homme qui se laisse guider principalement par le sentiment, pour le croyant, il y a d’ordinaire deux seules classes de théories : celles qui sont vraies et celles qui sont fausses. Ces termes restent vagues ; on les sent plus qu’on ne les comprend.

10. On groupe souvent ces trois axiomes : 1° Tout honnête homme, tout être intelligent doit accepter les propositions vraies et repousser les fausses ; celui qui ne le fait pas n’est pas honnête ou pas raisonnable. Les théories ont donc un caractère absolu, indépendant des sujets qui les produisent ou les acceptent. 2° Toute théorie vraie est aussi utile et vice versa. Par conséquent, lorsqu’on a démontré qu’une théorie est vraie, son étude est épuisée ; il n’y a pas besoin de rechercher si elle est utile ou nuisible. 3° On n’admet en aucune façon qu’une théorie puisse être utile pour certaines classes sociales et nuisible pour d’autres. Mais cet axiome est moderne, et beaucoup le repoussent, sans trop oser manifester leur opinion.

11. Si à ces assertions nous en opposions d’autres, contraires, nous raisonnerions également a priori ; et toutes auraient, au point de vue expérimental, la même valeur, qui est zéro. Si nous voulons rester dans le domaine de l’expérience, il nous faut rechercher d’abord si les termes adoptés dans les assertions précédentes correspondent à quelque chose d’expérimental ; et, ensuite, si ces assertions sont vérifiées oui ou non par les faits. Mais, pour cela, il faut nécessairement admettre qu’on puisse répondre oui ou non ; parce qu’il est évident que si nous excluons a priori l’une de ces

  1. Cette classification, à peine ébauchée ici, sera amplement étudiée dans les chapitres suivants.