Page:Paris, Gaston - Le roman du comte de Toulouse.djvu/10

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entre tous, n’est après tout qu’« un rêve où la vie est plus conforme à l’âme. »

Je veux vous entretenir aujourd’hui d’une histoire qui est, surtout dans ses dernières formes, une de celles où cet idéal, un peu factice, il faut le dire, s’est le mieux traduit. On pourrait presque trouver qu’elle est trop « moyen âge » : on la croirait au premier abord inventée par quelque romancier moderne, voyant l’époque de la chevalerie sous un jour purement conventionnel. Rien n’y manque des ingrédients ordinaires : ni le chevalier sans reproche autant que sans peur, ni la dame injustement persécutée, ni l’amour chaste et discret, ni le bon moine, ni le traître à l’âme aussi noire que celle de sa victime est immaculée. Tout cela est cependant parfaitement authentique, dans le sens où peut l’être un roman. C’est un roman, mais c’est un roman du moyen âge, et même, dans sa première forme, un roman du haut moyen âge. L’origine semble bien en être toulousaine ou au moins méridionale, et c’est à cause de cela que je l’ai choisi pour en faire l’objet d’une communication au Congrès qui tient aujourd’hui sa dernière séance dans la vieille et glorieuse capitale de l’Aquitaine.

Il existe toute une série de récits, de poèmes, d’œuvres dramatiques et de romans en prose qui, sous des noms et dans des cadres divers, nous racontent essentiellement la même histoire. D’habiles critiques en ont reconnu la parenté et les ont divisés en groupes distincts2. C’est d’abord le



2. La bibliographie de ces œuvres, comme la plupart des renseignements avec lesquels est faite cette étude, se trouve dans le livre dont voici le titre : The erl of Tolous and the Emperes of Almayn, eine englische Romanze aus dem Anfange des 15. Jarhunderts, nebst litterarischen Untersuchungen über ihre Quelle, die ihr verwanden Darstellungen, und ihre geschichtliche Grundlage, herausgegeben von Gustav Lüdtke, Berlin, Weidmann, 1884, in-8º (t. III de la Sammlung englischer Denkmæler in kritischen Ausgaben). Comme l’auteur de ce livre remarquable, dont je me suis presque borné à faire connaître les résultats aux lecteurs français, a cité, intégralement ou par extraits, tous les textes sur lesquels il s’est appuyé, je me borne à y renvoyer une fois pour toutes, sauf à donner çà et là un renseignement complémentaire.