Page:Paris, Gaston - Le roman du comte de Toulouse.djvu/27

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c’est la plus ancienne trace de notre légende qui nous ait été conservée, et elle se présente en Espagne, c’est-à-dire là où nous trouvons cette légende plus tard sous la forme restée la plus voisine de sa forme primitive.

Le récit latin se répandit aussi dans le nord de la France23, et fournit au xiie ou au xiiie siècle la matière d’un poème



23. On retrouve un thème analogue au nôtre, comme l’a remarqué M. G.-L. Kittredge (voy. Child, t. III, p. 508) dans la première partie du roman de Joufroi (éd. Hofmann et Muncker, Halle, 1880). Le sénéchal de la reine Aélis d’Angleterre, femme du roi Henri Ier ayant vu ses propositions d’amour rejetées par elle, prétend l’avoir surprise couchée avec un « garçon de cuisine ». Aélis est condamnée à être pendue ou brûlée si elle ne trouve pas un défenseur ; mais personne ne veut affronter le sénéchal. Le jeune Joufroi de Poitiers, encore vaslet, envoyé par son père à la cour d’Angleterre, ose seul se présenter, tue le sénéchal et délivre la reine. Rappelé chez lui par un message, Joufroi quitte aussitôt l’Angleterre. Plus tard, devenue veuve, Aélis lui envoie à plusieurs reprises des joyaux (sans lui faire dire de quelle part ils viennent), et enfin, lors d’une visite qu’il lui fait, lui prouve sa reconnaissance de la façon la plus complète. — Mais cet épisode n’a rien qui le rattache décidément au roman du Comte de Toulouse plutôt qu’au thème de Gundeberge-Gunhild (voy. Note additionnelle) ; on n’y trouve ni les deux accusateurs ni la confession, et Joufroi, bien qu’étranger, vit à la cour d’Angleterre et n’arrive pas exprès pour soutenir le combat judiciaire. L’épisode de Joufroi paraît être une imitation faite par le poète des données générales d’un motif qui circulait sous plusieurs formes. — Il en est sans doute de même d’un épisode inséré dans les versions II-III (voy. Romania, t. XXVIII, p. 445) de Floire et Blanchefleur. Le sénéchal du roi Félis, d’accord avec lui, a ourdi, en l’absence de Floire, fils de Félis, un complot pour perdre Blanchefleur, que Floire aime malgré son père : il fait envoyer en son nom au roi un mets (lardé dans II, poule ou paon dans III) empoisonné, et un vaslet (II) ou un chien (III), auquel le roi en jette un morceau, meurt sur-le-champ (ce stratagème est sans doute pris de chansons de geste comme Gaidon ou Parise la duchesse). Blanchefleur est condamnée à être brûlée ; mais Floire, qui l’apprend (par hasard dans II, grâce à un anneau magique dans III), arrive, couvert d’une armure, sur le lieu du supplice, s’approche de Blanchefleur, et, sans se faire connaître, reçoit d’elle l’affirmation de son innocence, défie alors le sénéchal et le tue. Le trait de l’entretien avec Blanchefleur rappelle la confession du Comte de Toulouse (il n’est pas dans II, où c’est la reine qui affirme au chevalier inconnu l’innocence de la condamnée). Cette version de Floire et Blanchefleur doit être encore du xiie siècle. Si l’épisode en question est emprunté à notre roman, cela en attesterait l’existence en France dès cette époque.