Page:Paris, Gaston - Le roman du comte de Toulouse.djvu/29

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est devenu le centre d’un des cycles les plus nationaux de notre vieille épopée ; autour de son fils Bernard, par l’interprétation idéalisée d’un épisode de sa vie, s’est formée une légende d’un caractère plus individuel, qui peu à peu, transportée hors de sa patrie, s’accroissant d’éléments empruntés ailleurs et s’enrichissant d’heureuses innovations, est devenue


cune des formes de notre récit, ou l’amour du comte pour l’impératrice est toujours très réservé. Puisque je cite ce fragment, d’ailleurs intéressant, je me permets de donner des vingt-deux premiers vers une traduction un peu différente de la traduction (abrégée) qu’en a donnée M. Suchier. « … Car celui qui a commencé une entreprise si noble [dit le comte] ne doit pas y renoncer (v. 2. l. Nes pour Nel ?) jusqu’à ce qu’il l’ait achevée. — Comment ? achevée [répond la reine]. Vous l’avez beaucoup avancée [ironique ; M. Suchier ne traduit pas massa n’aves cabat et n’enregistre pas cabar au Glossaire, bien que ce mot manque à Raynouard] ! Car je crois que vous en avez fait autant que le premier jour [je ne comprends pas les mots qui suivent, que l’aguest conquestat ; M. Suchier traduit « da ihr es erranget, oder : ihn besiegtet »]. — Dame, fait-il, [dans ce cas] vous m’auriez mal payé ; car si d’un côté j’ai échoué [si eu ai d’una part mescabat ; M. Suchier traduit « wenn ich einerseits einen Fehler beging », et revient plus loin sur cette idée que le comte a commis une faute ; tel ne me paraît pas être le sens de mescabar], et si vous m’avez chassé à grand tort, je m’en souviens bien [v. 9 le ms. a Sen, que l’éditeur corrige en S’en, et que je lirais Ben ; ce qui suit : Sens drezurier unat, m’est inintelligible ; M. S. corrige mandat et traduit « ohne rechtmæssigen Antrag »], [néanmoins], à qui que cela plaise ou déplaise [je mets une virgule au lieu d’un point après le v. 10], j’ai déjà conquis la moitié de notre [ou de votre] amour. Par le Christ, dit-elle, vous avez parlé en tricheur, c’est un mensonge à vous, bec rusé ; ce mot [inutile de lire d’aquest pour aquest au v. 14] ne vous sera pas pardonné. [Ici il y a évidemment une faute dans le texte : le v. 15, Ni s’ieu dic zo, non dei esser blamat, ne peut être prononcé tel quel par la reine ; je propose, en gardant dei’ = deia, que M. S. change en deu :] Et si je parle ainsi, [j’ai grandement raison ; il n’est homme qui mente] qui n’en doive être blâmé. [Blâmé ?] Moi ? lui répond-il après y avoir pensé ; pour dire la vérité et donner une réponse raisonnable ? Si je vous aime fort, d’un cœur riche et fin, et que vous ne m’aimiez pas, n’est-ce donc pas partagé en deux moitiés ? [Le comte justifie ainsi son mot précédent, accusé d’être mensonger, que de l’amour entre lui et la reine il a déjà « fait » la moitié. M. S., qui a traduit au premier passage « Von unserer Liebe habe ich schon den Unterschied gemacht (?) » traduit ici « Ist das nicht ein totaler Unterschied ? » Meitat ne peut signifier « différence » et la question du comte, si elle avait eu ce sens, n’aurait pu offenser la reine.] »