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INTRODUCTION.

Occupons-nous maintenant du poëme de Joseph d’Arimathie, première expression française de toutes ces traditions gallo-bretonnes.

Robert de Boron n’eut pas sous les yeux le livre latin qui lui fournissait les éléments de son œuvre, ni le roman en prose, déjà, comme nous dirions, en voie d’exécution. Il en convient lui-même :


Je n’ose parler ne retraire,
Ne je ne le porroie faire,
(Neis se je feire le voloie),
Se je le grant livre n’aveie
Où les estoires sont escrites,
Par les grans clercs feites et dites.
Là sont li grant secré escrit
Qu’on nomme le Graal…


C’est-à-dire : « Je n’ose parler des secrets révélés à Joseph, et je voudrais les révéler que je ne le pourrais, sans avoir sous les yeux le grand livre où les grands clercs les ont rapportées et qu’on nomme le Graal. »

D’ailleurs, en sa qualité de chevalier, il ne devait pas entendre le texte latin, comme il l’a prouvé en transportant au vase de Joseph le nom du livre liturgique ; mais je ne doute pas que le Gradale ne fût connu de Geoffroy de Monmouth, bien que dans sa fabuleuse histoire des Bretons il ait évité de dire un seul mot de Joseph d’Arimathie. La