Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/174

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
168
TRANSITION

nonça que, tous les jours de ma vie, le Grand Maître me ferait le même envoi. Je réveillai l’autre prud’homme et lui présentai un fruit qu’il mangea très-volontiers, comme celui qui de longtemps n’avait rien pris. Je restai huit jours avec lui, ne trouvant rien que de bon dans ce qu’il disait et faisait. En prenant congé, il m’avoua que le démon s’était emparé de lui pour le seul péché qu’il eût commis depuis qu’il avait pris l’habit religieux. Voyez un peu la justice de Notre-Seigneur : ce prud’homme le servait depuis trente-trois ans le mieux qu’il pouvait ; pour un seul péché, le démon prit possession de lui, et, s’il était mort sans l’avoir confessé, il serait devenu la proie de l’enfer ; tandis que le plus méchant homme, s’il fait à la fin de ses jours une bonne confession, rentre pour jamais en grâce avec Dieu, et monte dans le Paradis.

« Je repris le chemin de mon ermitage avec le livre qui m’était rendu. Je le déposai dans la châsse où d’abord je l’avais mis ; je fis le service de Vêpres et Complies, je mangeai ce que le Seigneur me fit apporter, puis je m’endormis. Le Grand Maître vint à moi durant mon somme et me dit : « Au premier jour ouvrable de la semaine qui commence demain, tu te mettras à la transcription du livret que je t’ai donné ; tu finiras avant l’Ascension. Le monde en sera saisi ce jour-là même où je montai