Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/258

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
252
LE SAINT-GRAAL.

et au retour ; elle, en passant devant leurs sièges, jeta sur lui à la dérobée un regard doux et amoureux ; puis, revenue à sa place, elle ne cessa de le regarder, si bien qu’Ipocras fut aussitôt troublé, surpris et enflammé. À la fin du service, il eut grand’peine à regagner son hôtel, se mit au lit et resta plusieurs jours sans manger, le cœur gonflé, les yeux remplis de larmes, et tellement confus qu’il aimait mieux se laisser mourir que d’en révéler la cause.

Toute la ville de Rome fut consternée en apprenant que le grand philosophe était atteint d’un mal qu’il ne pouvait ou ne voulait guérir. Son hôtel était constamment rempli des gens qui venaient demander s’il n’y avait aucune espérance de le sauver. Un jour toutes les dames de la cour se réunirent pour aller le voir, et du nombre se trouva la belle Gauloise, dans la plus riche parure du monde. Quand il les eut toutes remerciées de leur visite, et qu’elles commencèrent à prendre congé, il fit avertir la belle dame de rester, pour lui parler un instant seul à seule. Elle se douta déjà de son intention, et revenant près de son lit : « Ipocras, beau doux ami, » lui dit-elle, « est-il vrai que vous désiriez me parler ? Je suis prête à faire tout ce qu’il vous plaira de demander. — Ah ! dame, » répondit Ipocras, « je n’aurais pas le moindre mal, si vous m’aviez dit cela plus tôt.