Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/262

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
256
LE SAINT-GRAAL.

ger quelles furent la douleur et la confusion d’Ipocras en entendant les paroles de la dame, et en se voyant ainsi trompé. Il demeura dans cette corbeille toute la nuit et le lendemain jusqu’à vêpres : car l’empereur ne revint de la chasse que tard, et ne put auparavant savoir mot de ce qui ne manqua pas de faire l’entretien de toute la ville. Dès que le jour fut levé, et qu’on aperçut le corbillon empli : « Allons voir, » se dit-on l’un l’autre, « allons voir quel est le malfaiteur qu’on a exposé, si c’est un voleur ou bien un meurtrier. » Et quand on reconnut que c’était Ipocras, le sage philosophe, le bruit devint plus fort que jamais. « Eh quoi ! c’est Ipocras ! — Eh ! qu’a-t-il fait ? Comment a-t-il pu mériter si grande honte ? » — On avertit les sénateurs, on s’enquiert d’eux si le jugement vient d’eux ou de l’empereur ; mais personne ne sait en donner raison. « L’empereur, » disait-on, « n’a pu ordonner cela ; il aimait trop Ipocras ; il sera très-courroucé en apprenant qu’on l’a si indignement traité : il faut descendre la corbeille. — Non, » disaient les autres, « encore ne savons-nous bien si l’empereur n’a pas eu ses raisons d’agir ainsi. En tout cas, il aura bien mal reconnu les grands services qu’Ipocras a rendus à lui et à tant d’autres bonnes gens de la ville. »

Ainsi parlaient petits et grands autour de la