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LE SAINT-GRAAL.

dit-elle. — « Dame ! » répondit le nain, « votre ami, qui vous attendait. » Aussitôt elle se précipita sur lui, les bras ouverts, et l’embrassa mille fois. L’heure de primes arriva qu’elle le tenait encore fortement serré contre son beau corps. Or Ipocras, averti par son valet, l’avait vue arriver aux degrés. Il courut éveiller l’empereur : « Venez, Sire, voir merveilles, venez, vous et vos chevaliers. » Ils descendirent le degré, et arrivèrent au lit du nain, qu’ils trouvèrent amoureusement uni à la belle Gauloise échevelée.

« En vérité, » dit l’empereur en parlant à ses chevaliers, « voilà bien ce qui prouve que la femme est la plus vile chose du monde. » L’emperière, bientôt appelée à voir ce tableau, en témoigna une honte extrême en songeant que toutes les autres femmes souffriraient de l’affront. Comme l’empereur ne voulut pas permettre à la dame de rentrer au palais dans ses chambres, il n’y eut personne à Rome qui ne vînt la visiter sur la couche de l’affreux nain, qu’elle ne pouvait, malgré son dépit, s’empêcher de regarder amoureusement. Telle était l’indignation générale qu’on parlait de mettre le feu au lit et de les brûler tous deux : mais Ipocras s’y opposa vivement, et se contenta d’engager l’empereur à les marier et à donner à la dame la charge de lavandière du palais.