Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/274

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
268
LE SAINT-GRAAL.

dont les messagers en quête de Nascien avaient admiré les dernières traces.

Or la fille du roi de Tyr, orgueilleuse de sa naissance, avait à contre-cœur épousé un simple philosophe : elle ne put l’aimer, et ne songeait qu’aux moyens de le tromper et de se défaire de lui. Il n’en était pas ainsi d’Ipocras, qui la chérissait plus que lui-même, mais qui, depuis l’aventure de la dame de Gaule, ne se fiait en aucune femme. Il avait fait une coupe merveilleuse dans laquelle tous les poisons, même les plus subtils, perdaient leur force, par la vertu des pierres précieuses qu’il y avait incrustées. Maintes fois, sa femme lui prépara des boissons envenimées, qu’elle détrempait du sang de crapauds et couleuvres ; Ipocras les prenait sans en être pour cela moins sain et moins allègre : si bien qu’elle s’aperçut de la vertu de la coupe. Alors elle fit tant qu’elle parvint à s’en emparer ; tout aussitôt elle la jeta dans la mer. Grand dommage assurément, car nous ne pensons pas qu’on l’ait encore retrouvée.

Il en fit une autre aussitôt, moins belle, mais de plus grande vertu ; car il suffisait de la poser sur table pour enlever à toutes les viandes qu’on y étalait leur puissance pernicieuse. Il fallut bien que la méchante femme renonçât à l’espoir de faire ainsi mourir son mari. Et c’é-