Page:Paris, Paulin - Romans de la Table Ronde, tome 1.djvu/68

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quer les malins esprits et de les conjurer. Cet homme, ayant su qu’un de ses voisins était tourmenté par ces esprits de ténèbres, s’avisa de placer l’Évangile de saint Jean sur la poitrine du malade ; aussitôt les démons s’évanouirent comme une volée d’oiseaux. Il tenta sans désemparer une seconde expérience : à la place de l’Évangile, il posa le livre de Geoffroy Arthur ; aussitôt les démons revinrent en foule, couvrirent et le livre et tout le corps de celui qui le tenait, de façon à le tourmenter beaucoup plus qu’ils n’avaient jamais fait[1]. Il faut avouer que l’épreuve était on ne peut plus décisive.

Mais un autre témoignage bien autrement honorable pour le sentiment critique des contemporains de Geoffroy de Monmouth est celui de Guillaume de Newburg, De rebus anglicis sui temporis libri quinque, dont la chronique fut publiée vers la fin du douzième siècle. On dit qu’il avait voué une haine particulière aux Bretons, et que c’était pour satisfaire une vengeance personnelle qu’il avait attaqué le livre de Geoffroy. Peu importe : il nous suffit d’être obligés de reconnaître dans son invective une argumentation solide et la preuve que tout ou presque tout semblait déjà fabuleux dans le livre

  1. Girald. Cambr. Walliœ Descriptio. Cap. VII. (Cité par M. Th. Wright.)