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SUR LES COMMANDEMENS DE DIEU.


soutenues par aucuns hérétiques, puisqu’il leur eût été nécessaire de déclarer qu’il n’est pas impossible que les hommes observent les préceptes, pour fermer la bouche à ceux qui osoient leur imposer si injustement une croyance opposée. Et ainsi il suffira de montrer que ces hérétiques fatiguoient continuellement les Pères de ces reproches, pour montrer l’obligation qu’ils avoient de s’en défendre ce qui est fort facile.

Les écrits des saints Pères, défenseurs de la grâce, sont remplis de passages qui le témoignent. On y voit en toutes les pages avec quels termes outrageux ces hérétiques objectoient aux catholiques de nier le libre arbitre et de soutenir l’impossibilité des commandemens. « Ces manichéens (dit Julien, en parlant des défenseurs de la grâce), avec lesquels nous n’avons plus de communication, je veux dire tous ceux-là auxquels nous ne voulons pas accorder que le libre arbitre est péri par le péché du premier homme, et que personne n’a maintenant la puissance de vivre vertueusement, mais que tous les hommes sont forcés à pêcher, par la nécessité avec laquelle la chair les y contraint… » Ne falloit-il pas que saint Augustin se défendit contre ce reproche, et qu’il répondit nécessairement qu’il tient qu’il n’est pas impossible que les hommes vivent vertueusement, et qu’ils ne sont pas dans une nécessité inévitable de pécher ?

De même Julien disant ailleurs : « C’est contre cette doctrine que nous sommes tous les jours occupés à nous défendre ; et la raison pour laquelle nous résistons à ces prévaricateurs, est que nous disons que le libre arbitre est naturellement dans tous les hommes, et qu’il n’a pu périr par le péché d’Adam : ce qui est confirmé par toutes les saintes Écritures : » ne falloit-il pas que saint Augustin déclarât qu’il ne nie pas le libre arbitre, contre ces objections, et contre celle-ci de Pélage ?

« Nous soutenons que cette puissance du libre arbitre est dans tous les hommes généralement, soit chrétiens, soit juifs, soit païens ; le libre arbitre est également dans tous les hommes par la nature » (par ces paroles, il vouloit se distinguer d’avec les catholiques, auxquels il imposoit qu’ils le nioient) ; « mais dans les seuls chrétiens il est secouru par la grâce. » (Et par ces dernières paroles, il vouloit paroitre ne pas être distingué des catholiques.)

« Tous les catholiques, disoit-il encore, le reconnaissent (le libre arbitre) ; au lieu que vous (en parlant de saint Augustin) le niez. » Et ailleurs : « Ceux qui ont craint d’être appelés pélagiens se sont précipités dans le manichéisme ; et de peur d’être hérétiques de nom, ils sont devenus manichéens en effet ; en pensant éviter une fausse infamie, ils sont tombés dans un véritable crime. »

Et Pélage, s’opposant à deux hérétiques contraires, pour montrer qu’il tient un milieu que la vérité remplit ordinairement : « Nous reconnoissons le libre arbitre, dit-il, de telle sorte néanmoins qu’il a toujours besoin du secours de la grâce ; de sorte que ceux-là errent également, qui disent, avec Manichée, que l’homme ne peut éviter le péché, et qui assurent, avec Jovinien, que l’homme ne peut le commettre : car les uns et les autres ôtent la liberté ; au lieu que nous soutenons que