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LES INDIENS DE LA BAIE D’HUDSON.

tense. Vient-elle à manquer à l’exécution obligée de ce rite bizarre, soit par faiblesse, soit par l’action de la douleur, on la soutient jusqu’à ce que le corps soit consumé. On chante et on bat continuellement le tambour pendant la cérémonie, pour étouffer ses cris. Elle doit ensuite recueillir les fragments d’os non consumés, ainsi que les cendres, et les mettre dans un sac destiné à cet usage ; elle porte ce sac sur son dos pendant trois ans, et reste tout ce temps esclave des parents de son mari ; elle ne peut se laver pendant cette période, de sorte qu’elle devient bientôt un objet dégoûtant. À l’expiration des trois ans, les bourreaux donnent une fête et y invitent tous leurs amis et leurs parents, ainsi que ceux de la malheureuse. D’abord, ils déposent avec beaucoup de cérémonie les restes du mort brûlé dans une boîte qu’ils fixent au haut d’une longue perche, et ils dansent autour. On dépouille la veuve de ses vêtements, on la barbouille de la tête aux pieds d’huile de poisson ; après quoi, un des assistants jette sur elle une quantité de duvet de cygne dont on la couvre en entier. Elle doit alors danser avec les autres. Cela fait, elle peut se remarier si, toutefois, elle se sent assez de courage pour s’aventurer à courir une seconde fois le risque de brûler vivante ou de subir tous ces tourments.

Il arrive souvent qu’une veuve mariée en secondes noces, dans l’espérance peut-être de ne pas survivre à son mari, se suicide à la mort de celui-ci, plutôt que de se soumettre à un second veuvage.

Je ne pus parvenir à apprendre l’origine de ces rites cruels ; je ne peux les expliquer que par l’égoïsme, la paresse et la cruauté naturelle aux Indiens, qui probablement espèrent rendre par ces manœuvres