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de la seine à la volga.

reviendrais dans ma première garnison, lorsque l’un de mes camarades me rejoignit au grand trot et m’annonça ma nomination de lieutenant en premier au 2e régiment d’artillerie-pontonniers, à Angers. Mes réflexions devinrent plus tristes encore. À l’ennui que j’éprouvais de quitter la Franche-Comté pour une garnison lointaine, d’apprendre un métier tout nouveau au moment où j’allais subir les examens d’entrée à l’École de guerre, se joignait le sentiment plus pénible encore d’une déchéance que je ne croyais pas avoir méritée. Je fis des démarches pour aller à Vannes, à Castres ou à Douai, n’importe où, plutôt que de quitter « l’artillerie ». Ce fut peine perdue.

Je ne me doutais guère alors de ce qui m’arriverait par la suite. Ce métier de pontonnier, que j’entrevoyais si pénible sous le voile sombre de l’inconnu, devait me révéler les aspirations qui sommeillaient en moi, et je devais plus tard désirer vivement ce que je repoussais maintenant avec violence.

Parmi toutes les études qui s’offraient à moi dans mon nouveau régiment, la plus intéressante, à coup sûr, était celle du corps d’officiers dont je faisais désormais partie. Il comprenait trois catégories bien distinctes. Tout d’abord les Alsaciens. Ils se souvenaient toujours et ils parlaient souvent du beau temps des pontonniers de Strasbourg. Ils étaient fiers alors d’être à l’avant-garde de l’armée, heureux de vivre dans une cité où ils étaient aimés, de naviguer sur un beau fleuve dont le courant prenait, dans leurs récits, une vitesse fantastique. Ils aimaient leur métier avec d’autant plus de passion qu’ils n’en connaissaient, pour la plupart, aucun autre, et lorsque, parfois, une mutation inévitable les envoyait dans l’artil-