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de la seine à la volga.

souvenirs lui faisaient apprécier plus vivement son bonheur calme d’alors. Il y pensait encore quand il revenait au pas de son cheval, bercé par les chants de ses hommes, vers la cité frivole et joyeuse que l’hiver ose à peine effleurer, où les fleurs au printemps, les fêtes en été, naissent plus nombreuses et plus belles qu’ailleurs.

Entre les éléments si divers qui composaient le corps d’officiers du 2e pontonniers, l’union ne se faisait pas sans quelque effort ; mais il était bien plus difficile encore de l’établir entre les deux régiments d’Angers et d’Avignon. Ce dernier vantait son beau fleuve au courant rapide et dangereux et se disait, non sans quelque raison, l’héritier légitime des pontonniers de Strasbourg ; il avait pour les bateliers de la Loire le dédain du marin pour celui qui navigue en eau douce. Aussi les réformes proposées par l’un des régiments étaient-elles presque toujours combattues par l’autre, et l’aréopage qui devait trancher ces questions très spéciales n’hésitait pas un moment à se déclarer incompétent. Les pontonniers continuaient donc à ramer doucement dans le sillage où tant d’autres avaient déjà passé et sans se demander s’ils étaient bien toujours dans le chenal.

Si le personnel du 2e pontonniers appartenait à différentes époques, le matériel, au contraire, avait pour lui le mérite de remonter à une seule et même antiquité, respectable d’ailleurs, à l’année 1853, et peut-être bien même au passage de la Bérésina. Le bateau et la nacelle n’avaient profité d’aucun des progrès accomplis depuis trente ans dans la construction des navires ou réalisés dans les équipages étrangers. On avait abandonné, sans raisons bien sérieuses, le bateau divisible, le seul utilisable alors pour les équipages légers d’avant-garde, et on tolérait à peine,