Page:Peguy oeuvres completes 01.djvu/125

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tissu la formule entièrement fausse et plusieurs fois nous y subissons la certitude entièrement vraie. Mais la certitude même y laisse place à la défiance. Écoutez. Je lis presque au hasard :

Euthyphron

… Le nombre des corps célestes où la vie peut se développer à un moment donné est, sans doute, dans une proportion infiniment petite avec le nombre des corps existants. La terre est peut-être à l’heure qu’il est, dans des espaces presque sans bornes, le seul globe habité. Parlons d’elle seule. Eh bien, un but comme celui dont vous venez de parler est au-dessus de ses forces. Ces mots d’omnipotence et d’omniscience doivent être laissés à la scolastique. L’humanité a eu un commencement ; elle aura une fin. Une planète comme la nôtre n’a dans son histoire qu’une période de température où elle est habitable ; dans quelques centaines de milliers d’années, on sera sorti de cette période. La Terre sera probablement alors comme la Lune, une planète épuisée, ayant accompli sa destinée et usé son capital planétaire, son charbon de terre, ses métaux, ses forces vives, ses races. La destinée de la Terre, en effet, n’est pas infinie, ainsi que vous le supposez. Comme tous les corps qui roulent dans l’espace, elle tirera de son sein ce qui est susceptible d’en être tiré ; mais elle mourra, et, croyez-le, elle mourra, comme dit, dans le livre de Job, le sage de Théman, « avant d’avoir atteint la sagesse ».

— Je reconnais, docteur, et je ressens cette sérénité. Mais Renan…

— Il ne s’agit pas de Renan, mon ami. Voyez sa préface :