Page:Peguy oeuvres completes 05.djvu/235

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DE LA CHARITÉ Et il n’y avait pas une paroisse à la face du ciel. Renégat, renégat. C’est vite dit. Une fois il renia Jésus, — trois fois. Et nous, et nous, combien de fois l’avons-nous renié. Le reniement de Pierre, le renie- ment de Pierre : et le reniement de vous, le reniement de vous autres. Le reniement de nous, le reniement de moi. Le reniement de tout le monde : toujours de tout le monde ; de tout vous autres, de tout nous autres tout le monde. Des milliers et des milliers de fois nous le renions. Et c’est d’un reniement pire. Des centaines et des milliers de fois nous l’abandonnons, nous le trahissons, nous le renions, nous le renonçons. De quel reniement. D’un reniement infiniment pire. Car il y a une différence. Eux autres, ils étaient des pauvres gens qui ne savaient rien. On ne leur avait rien demandé. On ne leur avait pas demandé leur avis. Jésus était passé et les avait emportés. Un jour il était passé comme un voleur. Il avait emporté tout le monde. II avait tout pris, tout emporté. Tous ceux qui étaient marqués. Tous ceux qui se trouvaient là. Qui se trouvaient au droit. C’étaient de pauvres pêcheurs ; du lac de Tibériade. Que l’on nommait aussi la mer de Galilée. Et ces deux qui raccommodaient leurs filets avec leur père. Et un jour, dans la stupeur de cette histoire foudroyante, dans le tremblement de cette révélation extraordinaire, un jour, les pauvres gens, eh bien oui, ils ont manqué leur affaire. Ils n’y étaient pas ce jour-là. C’est qu’ils n’étaient pas entraînés, ils n’étaient pas habitués à une aussi grande histoire. Ils n’étaient pas habitués, ils n’étaient pas faits à leur propre grandeur. Ils n’y étaient aucunement préparés. Par toute leur vie antérieure. Par leurs parents, par

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