Page:Peguy oeuvres completes 08.djvu/139

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G L I

de vous dire que la mère coupable n'est autre que notre Rosine. Par quelque surprise elle a eu un enfant de Chérubin. Ce fut toute une affaire. La principale sur- prise, pour nous, c'est que Chérubin nous ait laissé un fils aussi peu dégourdi. Car ce fils n'est autre, vous l'avez pensé, que ce chevalier Léon, jeune homme épris de la liberté, comme toutes les âmes ardentes et neuves. Comme on voit que Chérubin est bien mort. Dès la scène I, actel, Suzanne nous le met en mémoire, (je veux dire nous met en mémoire qu'il est mort), Suzanne, seule, tenant des fleurs obscures dont elle fait un bouquet. — Que madame s'éveille et sonne; mon triste ouvrage est achevé. (Elle s'assied avec aban- don). A peine il est neuf heures, et je me sens déjà d'une fatigue... Son dernier ordre, en la couchant, m'a gâté ma nuit tout entière. .. Demain, Suzanne, au point du jour, fais apporter beaucoup de fleurs, et gar- nis-en mes cabinets. — Au portier: Que, de la jour- née, il n'entre personne pour moi. — Tu me formeras un bouquet de fleurs noires et rouge foncé, un seul œillet blanc au milieu... Le voilà. — Pauvre maîtresse j elle pleurait !... Pour qui ce mélange d'apprêts?... Eeehl si nous étions en Espagne, ce serait aujourd'hui la fête de son fils Léon (avec mystère) et d'un autre homme qui n'est plus ! (Elle regarde les fleurs). Les couleurs du sang et du deuil ! (Elle soupire). Ce cœur blessé ne guérira jamais! — Attachons-le d'un crêpe noir, puisque c'est là sa triste fantaisie. (Elle attache le bouquet).

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