Page:Pelletan - La Semaine de Mai.djvu/32

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


cluant de cette perversion de tous les sentiments est assurément le fameux passage du Drapeau tricolore, écrit par un journaliste connu pour le poids de son bon sens. Rien de plus odieux ne parut à ce moment, où parurent des deux côtés tant d’odieuses excitations. L’auteur exprimait, sous la forme d’une lettre écrite par un de ses amis, le bonheur, le soulagement qu’on éprouvait, en sortant de Paris, à se trouver enfin dans la banlieue, occupée par les Prussiens. Il y avait un passage lyrique sur le « ia, ia » de la première sentinelle allemande qu’on rencontrait. La conclusion était qu’il serait à souhaiter que le prince Frédéric-Charles voulût bien accepter de régner sur la France.

Nous ne nommons pas le coupable, parce que nous sommes persuadés qu’il éprouve un amer repentir de son égarement d’alors, et que s’il pouvait, comme les mauvais rhéteurs du Lyon antique, effacer cette page infâme avec sa langue, il l’aurait fait depuis longtemps.

Nous pourrions multiplier les citations de ce genre. À quoi bon ? On sait à quoi s’en tenir. Par malheur, cet état mental n’était pas spécial aux journalistes. On se rappelle que des scènes véritablement sauvages se produisaient sur le passage des convois des prisonniers faits dans les combats qui se livraient sous Paris. La foule élégante qui remplissait les boulevards de Versailles les insultait, se jetait sur eux, les frappait. Le promeneur leur assénait des coups de canne, la femme

    ciens amis, dit M. Tarbé…, ils vous avouent leurs sympathies…, ils font des aveux que vous ne leur demandez pas, à cause d’anciennes relations, que vous ne les livrerez pas à la police, ce qui pourtant serait votre devoir.

    » Leurs noms sont là sous le bout de notre plume ; et si nous nous taisons, c’est dans l’espoir que les misérables se feront justice eux-mêmes en disparaissant bientôt de Versailles. »